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Comment créer une SAS : statuts types et documents juridiques nécessaires

Comment créer une SAS : statuts types et documents juridiques nécessaires

La Société par Actions Simplifiée (SAS) est aujourd’hui la forme juridique la plus plébiscitée par les entrepreneurs français. Flexible, moderne et adaptée aussi bien aux startups qu’aux PME familiales, elle offre une liberté contractuelle inégalée. Mais cette souplesse a un prix : la rédaction des statuts et la constitution du dossier juridique demandent une attention particulière. Cet article vous guide pas à pas dans la création de votre SAS, en détaillant les documents indispensables et les pièges à éviter.

Pourquoi choisir la SAS plutôt qu’une autre forme juridique ?

Avant de plonger dans la mécanique juridique, il convient de comprendre pourquoi la SAS s’impose comme la structure de référence en France. En 2023, plus de 60 % des nouvelles sociétés immatriculées ont opté pour cette forme ou sa variante unipersonnelle, la SASU.

Les avantages distinctifs de la SAS

La SAS présente plusieurs atouts majeurs qui expliquent son succès :

Une grande liberté statutaire. Contrairement à la SARL, dont le fonctionnement est largement encadré par la loi, la SAS laisse aux associés une liberté considérable pour organiser la gouvernance, les droits de vote et les modalités de cession des actions. Vous pouvez, par exemple, créer des actions de préférence avec des droits spécifiques, mettre en place des clauses d’agrément sur mesure, ou encore instaurer un comité stratégique avec des pouvoirs définis librement.

Une responsabilité limitée aux apports. Comme dans toute société à responsabilité limitée, les associés ne sont responsables des dettes sociales qu’à hauteur de leurs apports. Votre patrimoine personnel est protégé.

Pas de capital minimum obligatoire. Depuis la réforme de 2009, il est possible de créer une SAS avec un capital symbolique d’un euro. En pratique, il est toutefois recommandé de prévoir un capital suffisant pour crédibiliser la société auprès des banques et des partenaires commerciaux.

Une fiscalité adaptable. Par défaut, la SAS est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). Mais sous certaines conditions, elle peut opter pour l’impôt sur le revenu (IR) pendant cinq ans maximum, ce qui peut s’avérer avantageux en phase de démarrage.

Comparaison rapide : SAS vs SARL

CritèreSASSARL
Capital minimum1 €1 €
Nombre d’associés1 à illimité1 à 100
DirigeantPrésidentGérant
Liberté statutaireTrès élevéeLimitée
Régime social du dirigeantAssimilé salariéTNS (majoritaire)
Entrée en boursePossibleImpossible

Les statuts de la SAS : le document fondateur

Les statuts constituent l’acte de naissance de votre SAS. Ce document contractuel définit les règles du jeu entre associés et organise le fonctionnement de la société. Une rédaction bâclée peut avoir des conséquences désastreuses en cas de conflit entre associés ou lors d’une levée de fonds.

Les mentions obligatoires des statuts

La loi impose un certain nombre de mentions que tout statut de SAS doit contenir. L’article L. 227-1 du Code de commerce renvoie aux dispositions générales applicables aux sociétés anonymes pour les éléments non réglés par les statuts.

Les informations d’identification de la société :

  • La dénomination sociale (le nom de votre entreprise)
  • La forme juridique : « Société par Actions Simplifiée »
  • L’adresse du siège social
  • L’objet social (les activités exercées)
  • La durée de la société (99 ans maximum)
  • Le montant du capital social
  • Les modalités de libération des apports

L’organisation du capital : Les statuts doivent préciser le nombre d’actions émises, leur valeur nominale et leur répartition entre les associés. Si vous créez des catégories d’actions différentes (actions ordinaires et actions de préférence, par exemple), chaque catégorie doit être décrite avec précision.

La gouvernance : La SAS doit obligatoirement avoir un Président, personne physique ou morale. Au-delà de cette obligation minimale, vous êtes libre d’organiser la gouvernance comme vous le souhaitez : directeur général, comité de direction, conseil de surveillance, etc.

Les clauses essentielles à ne pas négliger

Au-delà des mentions obligatoires, certaines clauses méritent une attention particulière car elles conditionneront la vie de votre société.

La clause d’agrément. Elle soumet la cession d’actions à l’approbation préalable des autres associés. Sans cette clause, un associé peut librement céder ses actions à un tiers, y compris à un concurrent. Dans une SAS entre amis ou entre partenaires d’affaires, cette clause est quasi indispensable.

La clause de préemption. Elle donne aux associés existants un droit prioritaire d’acquérir les actions d’un associé souhaitant céder ses titres. Elle complète utilement la clause d’agrément.

La clause d’inaliénabilité. Elle interdit à un associé de céder ses actions pendant une période déterminée (maximum 10 ans). Très utile dans le cadre d’un pacte avec des investisseurs pour s’assurer que les fondateurs restent dans le projet.

La clause d’exclusion. Elle permet d’exclure un associé dans des circonstances définies (mésentente grave, violation du pacte d’associés, condamnation pénale, etc.). Cette clause doit être rédigée avec soin pour être juridiquement valable.

Les modalités de prise de décision collective. La loi impose certaines décisions à l’assemblée des associés (approbation des comptes, modification du capital, fusion, dissolution), mais laisse une grande liberté pour les autres. Définissez clairement les quorums et majorités applicables.

Exemple concret de clause d’agrément

Voici un exemple de rédaction d’une clause d’agrément pour des statuts de SAS :

« Toute cession d’actions à quelque titre que ce soit, à un tiers non associé, est soumise à l’agrément préalable de la collectivité des associés, statuant à la majorité des deux tiers des droits de vote. La demande d’agrément est notifiée à la société par lettre recommandée avec accusé de réception. L’agrément est réputé acquis si aucune décision n’a été notifiée au cédant dans un délai de trois mois à compter de la demande. »

Les documents juridiques nécessaires à la création d’une SAS

La rédaction des statuts n’est que la première étape. Pour immatriculer votre SAS au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS), vous devez constituer un dossier complet.

La liste des documents obligatoires

1. Les statuts signés Les statuts doivent être signés par tous les associés fondateurs, en autant d’exemplaires originaux que nécessaire. Depuis la dématérialisation des formalités, une signature électronique qualifiée est acceptée.

2. L’attestation de dépôt des fonds Si des apports en numéraire sont effectués, les fonds doivent être déposés sur un compte bloqué ouvert au nom de la société en formation, auprès d’une banque, d’un notaire ou de la Caisse des Dépôts. L’établissement remet une attestation de dépôt que vous joindrez au dossier.

3. La déclaration des bénéficiaires effectifs Depuis 2017, toute société doit déclarer ses bénéficiaires effectifs, c’est-à-dire les personnes physiques qui détiennent, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote. Ce document est déposé au greffe en même temps que la demande d’immatriculation.

4. Le formulaire M0 (désormais remplacé par le formulaire en ligne) Depuis le 1er janvier 2023, les formalités de création d’entreprise s’effectuent exclusivement sur le guichet unique électronique de l’INPI (inpi.fr). Le formulaire papier M0 a été supprimé. Vous renseignerez les informations relatives à la société et à ses dirigeants directement en ligne.

5. Les pièces d’identité des dirigeants et associés Une copie de la pièce d’identité en cours de validité du Président est requise. Si le Président est une personne morale, il faudra fournir un extrait Kbis récent.

6. La déclaration sur l’honneur de non-condamnation Le Président doit attester qu’il n’a pas fait l’objet de condamnations pénales ou de sanctions professionnelles incompatibles avec l’exercice de fonctions dirigeantes.

7. La justification du siège social Selon la situation :

  • Si le siège est au domicile du dirigeant : une attestation sur l’honneur et un justificatif de domicile récent
  • Si le siège est dans des locaux professionnels : un contrat de bail ou un titre de propriété
  • Si le siège est chez une société de domiciliation : un contrat de domiciliation

8. L’avis de constitution publié dans un journal d’annonces légales (JAL) Vous devez publier un avis de constitution dans un journal habilité à recevoir des annonces légales dans le département du siège social. Depuis 2020, les services en ligne agréés peuvent également assurer cette publication. L’avis doit mentionner la dénomination, la forme, le capital, le siège, l’objet et l’identité du Président.

Le pacte d’associés : un document complémentaire indispensable

Le pacte d’associés est un accord confidentiel conclu entre tout ou partie des associés, en marge des statuts. Il n’est pas déposé au greffe et reste donc secret, contrairement aux statuts qui sont publics.

Le pacte d’associés est particulièrement utile pour stipuler :

  • Des clauses de non-concurrence entre associés
  • Des engagements de co-investissement
  • Des mécanismes de sortie (drag-along, tag-along)
  • Des droits d’information renforcés pour certains investisseurs
  • Des règles de gouvernance plus détaillées

Attention : En cas de contradiction entre le pacte d’associés et les statuts, ce sont les statuts qui prévalent. Il est donc essentiel de s’assurer de la cohérence entre ces deux documents.

Les étapes pratiques de la création d’une SAS

Étape 1 : Définir le projet et rédiger les statuts

Avant de rédiger quoi que ce soit, prenez le temps de répondre à ces questions fondamentales :

  • Qui sont les associés et quelle est la répartition du capital ?
  • Qui sera Président ? Y aura-t-il d’autres dirigeants ?
  • Quel est l’objet social précis de la société ?
  • Quelle est la politique de distribution des dividendes envisagée ?
  • Comment seront prises les décisions importantes ?

Ces réponses guideront la rédaction de vos statuts. Pour une SAS entre plusieurs associés avec des intérêts parfois divergents, il est vivement conseillé de faire appel à un avocat spécialisé ou à un notaire.

Étape 2 : Effectuer les apports et déposer les fonds

Chaque associé réalise son apport selon la nature convenue :

  • Apport en numéraire : virement sur le compte bloqué ouvert au nom de la société en formation
  • Apport en nature : transfert de la propriété du bien (matériel, brevet, fonds de commerce) à la société. Si la valeur totale des apports en nature dépasse 30 000 € ou représente plus de la moitié du capital, un commissaire aux apports doit être désigné
  • Apport en industrie : apport de compétences ou de travail. Il ne concourt pas à la formation du capital mais donne droit à des actions spécifiques

Étape 3 : Publier l’avis de constitution

Rédigez et publiez l’avis de constitution dans un journal d’annonces légales habilité. Le coût varie selon le département et la longueur de l’annonce, mais comptez généralement entre 150 et 300 euros.

Étape 4 : Déposer le dossier sur le guichet unique

Connectez-vous sur le site de l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr) et suivez les étapes pour déposer votre dossier de création. Le greffe dispose d’un délai de traitement variable (généralement 5 à 10 jours ouvrables).

Étape 5 : Recevoir le Kbis

Une fois l’immatriculation validée, vous recevez l’extrait Kbis, véritable carte d’identité de votre société. Les fonds déposés sur le compte bloqué sont alors débloqués et virés sur le compte courant de la société.

Les erreurs fréquentes à éviter

Un objet social trop restrictif ou trop vague

L’objet social doit être suffisamment précis pour délimiter l’activité de la société, mais assez large pour ne pas entraver son développement futur. Un objet trop restrictif peut empêcher la société de saisir de nouvelles opportunités. À l’inverse, un objet trop vague peut poser des problèmes avec l’administration fiscale ou les partenaires commerciaux.

Exemple à éviter : « La vente de chaussures » Exemple recommandé : « La conception, la fabrication, l’importation, l’exportation, la distribution et la commercialisation de tous articles de mode et d’habillement, et plus généralement toutes activités se rattachant directement ou indirectement à cet objet. »

Négliger la rédaction des clauses de sortie

Dans l’enthousiasme de la création, les associés pensent rarement à la séparation. Pourtant, les conflits entre associés sont l’une des premières causes de dissolution prématurée des sociétés. Prévoyez dès le départ des mécanismes clairs pour gérer le départ d’un associé, qu’il soit volontaire ou contraint.

Oublier de nommer un commissaire aux comptes

La SAS n’est pas tenue de nommer un commissaire aux comptes sauf si elle dépasse deux des trois seuils suivants : 4 millions d’euros de total bilan, 8 millions d’euros de chiffre d’affaires HT, 50 salariés. Toutefois, dans certains cas (levée de fonds, relation avec des investisseurs institutionnels), il peut être stratégiquement utile d’en nommer un volontairement

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